



« Le président Obama a été très clair quand il a rencontré le premier ministre Netanyahou (…) Il veut la fin de la colonisation : pas de colonies, pas de postes avancés, pas d’exceptions liées à la croissance (démographique) naturelle », a déclaré le chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, juste avant la rencontre qui a eu lieu hier entre le chef de la Maison-Blanche et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. « C’est notre position, et nous l’avons communiquée très clairement non seulement aux Israéliens, mais aux Palestiniens et aux autres. Et nous avons l’intention d’insister sur ce point », a-t-elle poursuivi. Un ton pour le moins inhabituel, et en apparence ferme à l’égard d’Israël. Nullement décontenancé par les propos de Mme Clinton, Benyamin Netanyahou a choisi de botter en touche. Le sort des colonies « sera déterminé dans les négociations sur le statut final entre Israël et les Palestiniens », a rétorqué son porte-parole, Mark Regev. Quant aux « 22 colonies sauvages » que le premier ministre israélien assure vouloir faire « évacuer » parce que non « autorisées » par son gouvernement, la radio militaire israélienne a indiqué que leur démantèlement débutera dans les prochaines semaines et s’achevera dans « quelques mois » ! Et comme le conseil des rabbins de Cisjordanie a appelé les soldats à s’opposer à l’évacuation de ces colonies au motif que « la sainte Torah interdit de prendre part à toute expulsion des juifs de notre terre sacrée », cette opération risque au pire de ne pas avoir lieu et au mieux de se solder par l’expulsion de quelques « colons sauvages » que les autorités israéliennes s’empresseront d’utiliser comme paravents pour poursuivre la colonisation des terres palestiniennes.
« Le président Abbas va dire (au président Obama) que nous ne pouvons pas nous contenter de belles paroles et d’encouragements. Il nous faut du concret, des mesures sur le terrain et un plan d’action pour sauver la région de l’instabilité et de la violence », a souligné le porte-parole d’Abbas, Nabil Abou Rainah. « Israël doit mettre fin à ses activités de colonisation, conformément aux engagements pris dans la feuille de route, afin d’ouvrir la voie à des négociations sérieuses conduisant à des résultats significatifs », a-t-il estimé. « L’autre question, c’est qu’Israël accepte la solution à deux États, afin que nous puissions reprendre les négociations », a-t-il ajouté. Et « sans la pression américaine sur Israël, il ne peut pas y avoir de progrès vers la paix », a estimé le député palestinien Moustafa Barghouti.
Selon l’agence AP, le dirigeant palestinien a l’intention de plaider auprès du président Obama pour une solution de sortie de crise plus large au Proche-Orient et souhaiterait obtenir le soutien du chef de la Maison-Blanche concernant cette nouvelle approche.
Selon des responsables palestiniens l’accompagnant dans son déplacement, Mahmoud Abbas travaille à une nouvelle mouture du plan de paix saoudien de 2002, qui prévoyait la restitution des territoires occupés par Israël depuis 1967 en échange d’une normalisation des relations avec les pays arabes. Or, peu enclin à la formule « la terre contre la paix », Benyamin Netanyahou est sur la même longueur d’onde que ses prédécesseurs qui, depuis sept ans, ont opposé une fin de non-recevoir au plan de paix saoudien.
Reste à savoir si Barack Obama, qui doit prononcer le 4 juin, au Caire, un discours, qualifié de fondateur sur sa vision d’un règlement du conflit au Proche-Orient, va taper du poing sur la table pour contraindre Israël à accepter une paix fondée sur l’existence de deux États. D’autant que, Benyamin Netanyahou, qui a tenté de faire diversion en agitant une prétendue menace iranienne, est de plus en plus isolé au niveau international, et n’a plus aucune autre échappatoire.
Hassane Zerrouky
Source : Humanité